Family Business et Innovation en Afrique : un débat sur les modèles qui transforment le continent
Le 26 mars dernier, le campus parisien de ESCP Business School a accueilli une rencontre à la fois ambitieuse, concrète et résolument tournée vers l’avenir : “Family Business et Innovation en Afrique”, un événement porté par la Chaire Innovation Responsable en Afrique, soutenue par le Groupe AXIAN et Attijariwafa Bank.
Pensé comme un temps fort à la croisée des carrières, de la réflexion académique et du dialogue entre dirigeants, l’événement a réuni étudiants, professeurs, collaborateurs de ESCP et membres d’autres établissements d’enseignement supérieur autour d’un même enjeu : mieux comprendre comment les entreprises familiales sont, en Afrique, des moteurs d’innovation durable, inclusive et transformatrice.
L’après-midi, les participants ont pu rencontrer les équipes RH du Groupe AXIAN, Attijariwafa Bank et CANAL+ lors de sessions de job dating, avant de prolonger les échanges en soirée avec un grand débat réunissant Hassanein Hiridjee, CEO du Groupe Axian, et Maxime Saada, CEO de CANAL+.
Une ouverture centrée sur les enjeux d’innovation et d’impact
En ouvrant la conférence, le Pr Léon Laulusa, Directeur général de ESCP Business School, a rappelé la force du thème choisi, au croisement de trois réalités majeures :
« Le thème de ce soir est essentiel, parce qu’il réunit le family business, l’innovation et l’Afrique. Ce sont trois forces qui, ensemble, nous parlent d’innovation durable, d’innovation désirable et d’innovation redoutablement efficace.
L’innovation durable est fondée sur des valeurs, sur l’éthique, sur l’héritage culturel. L’innovation désirable, elle, transforme les contraintes en opportunités. Et l’innovation redoutable naît de l’alliance entre agilité et adaptation. »
Une manière de poser d’emblée le cadre du débat : penser l’innovation non comme un simple progrès technologique, mais comme une force de transformation économique, sociale et culturelle.
Une chaire pour former, relier et faire émerger d’autres récits
La Pr Caroline Verzat, co-directrice scientifique de la Chaire Innovation Responsable en Afrique, a ensuite présenté la mission et les actions de cette initiative lancée à ESCP avec le soutien du Groupe AXIAN, puis d’Attijariwafa Bank.
« La Chaire Innovation Responsable en Afrique, c’est une petite équipe avec une très grande mission : contribuer à la transformation de l’Afrique pour une prospérité durable, et former les jeunes pour qu’ils puissent y prendre part. »
Elle a rappelé que cette ambition se traduit très concrètement par un programme académique, des bourses, des partenariats avec plusieurs institutions africaines, des stages en entreprise, mais aussi par un travail de production de connaissances et de valorisation de nouvelles narrations sur le continent.
« Notre objectif est aussi de montrer que l’Afrique est porteuse d’un avenir positif, qu’il s’y passe des choses remarquables, et que l’on peut aussi y apprendre des formes d’innovation dont le reste du monde aurait intérêt à s’inspirer. »
Au cœur de cette démarche : faire dialoguer l’enseignement, la recherche, les entreprises et les trajectoires professionnelles, pour rendre visibles les opportunités, mais aussi la richesse des innovations africaines, des plus frugales aux plus avancées.
Hassanein Hiridjee : l’impact, l’audace et le temps long
Invité à revenir sur son parcours, Hassanein Hiridjee a raconté le chemin qui l’a conduit de ESCP à la direction d’un groupe familial devenu un acteur panafricain majeur, aujourd’hui présent dans 21 pays et actif dans l’énergie, les télécoms, l'immobilier, la fintech et les services financiers.
Son témoignage a mis en lumière ce que permet, selon lui, la structure d'une entreprise familiale : une vision plus patiente du développement, une plus grande capacité de prise de risque, et une responsabilité forte vis-à-vis des territoires.
« Dans une entreprise familiale, le capital est patient. Cela change tout. On peut investir dans des projets qui ont du sens, même quand leur rentabilité ne se joue pas à très court terme. »
Il a également insisté sur le rôle décisif de l’audace entrepreneuriale :
« Le courage et l’audace comptent énormément. Quand on décide d’aller là où d’autres ne vont pas, dans des secteurs complexes ou dans des zones peu desservies, il faut croire profondément à ce que l’on construit. »
Parmi les innovations dont il se dit le plus fier, Hassanein Hiridjee a notamment évoqué le développement de mini-réseaux électriques solaires dans des zones rurales isolées, permettant à des populations jusque-là privées d’électricité d’accéder à une énergie propre, décentralisée et abordable.
« Aujourd’hui, nous apportons de l’électricité dans des villages où elle n’avait jamais existé. C’est une innovation décarbonée, digitalisée, décentralisée, et surtout, c’est une innovation qui change concrètement la vie des gens. »
Autre axe majeur : l’inclusion financière, portée par les services mobiles.
« En Afrique, la technologie permet parfois d’aller plus vite qu’ailleurs. Ce que nous avons développé dans le mobile money ou dans les services financiers digitaux a un impact très direct : cela simplifie la vie quotidienne, réduit les distances et ouvre des possibilités nouvelles. »
Enfin, il a rappelé combien la culture et la transmission devaient elles aussi faire partie de la conversation sur l’innovation.
« On se développera encore plus vite si l’on sait aussi d’où l’on vient. L’innovation responsable, c’est aussi être fier de sa culture, de son histoire, et la transmettre. »
« Innover, c'est aussi transmettre. A Madagascar, la Fondation H - notre fondation d'art - permet à des milliers d'enfants de découvrir gratuitement l'art contemporain et la créativité. Plus de 5 000 enfants en ont déjà bénéficié. Parce que la curiosité culturelle est le premier moteur de l'innovation. »
Maxime Saada : raconter l’Afrique depuis l’Afrique
De son côté, Maxime Saada a partagé la transformation profonde de CANAL+ au cours des dernières années : d’un groupe historiquement centré sur le marché français à un acteur international dont l’Afrique occupe désormais une place stratégique.
« Avec l'acquisition du leader des médias en Afrique anglophone et lusophone, MultiChoice, qui vient compléter sa présence dans les pays francophones, CANAL+ est désormais le premier groupe média sur le continent. »
« Tout ce que nous avons fait chez CANAL+, nous n’aurions sans doute pas pu le faire sans une logique de temps long. C’est l’un des grands atouts d’un groupe comme CANAL+, qui a un groupe familian comme actionnaire de référence : pouvoir construire dans la durée. »
Il a souligné combien cette vision était essentielle pour réussir sur le continent africain :
« Quand on aborde l’Afrique, il faut de la patience, de la constance et une ambition de long terme. On ne construit pas durablement si l’on raisonne uniquement à court terme. »
Au cœur de son intervention : la conviction que l’Afrique ne doit pas seulement être un marché, mais aussi une source de récits, de talents et de production culturelle à faire rayonner bien au-delà du continent.
« Je suis convaincu que les plus belles histoires qui n’ont pas encore été racontées sont des histoires africaines. »
CANAL+ mise ainsi sur la production locale, l’hyper-localisation des contenus, les langues vernaculaires et la formation aux métiers de l’audiovisuel.
« Il ne s’agit pas seulement de produire des contenus en Afrique, mais de permettre à des histoires africaines, racontées de manière authentique, de voyager partout dans le monde. »
Il a aussi insisté sur la nécessité d’investir dans les compétences pour structurer durablement les filières créatives :
« Former, c’est essentiel. Pour produire, il faut des auteurs, des techniciens, des monteurs, des ingénieurs du son, des décorateurs, des producteurs. C’est tout un écosystème qu’il faut faire grandir. »
Entreprises familiales, innovation responsable, Afrique : une convergence féconde
Tout au long de la soirée, un fil rouge s’est imposé : les entreprises familiales peuvent jouer un rôle singulier dans la transformation du continent africain, à condition de mettre leur vision de long terme au service de l’impact, de l’ancrage local et de la transmission.
Le débat a aussi mis en évidence plusieurs défis structurants : l’accès à l’énergie, la formation, le financement, la lutte contre le piratage dans les industries culturelles, ou encore la nécessité de construire des partenariats publics-privés solides. Mais loin d’un discours théorique, ce sont surtout des exemples concrets, des choix stratégiques assumés et des trajectoires vécues qui ont nourri les échanges.
La soirée s’est conclue par un cocktail networking, prolongeant les discussions entre étudiants, alumni, partenaires et invités.
Avec cet événement, ESCP confirme sa volonté de faire de la Chaire Innovation Responsable en Afrique un espace de dialogue, de connaissance et d’action, au service d’une meilleure compréhension des dynamiques africaines contemporaines et des talents qui les feront grandir.
Campuses