Dans ce nouvel épisode de la série d’entretiens de la chaire "La banque mutualiste et coopérative au service de l'économie", Yamina Tadjeddine, professeure à l’université de Nancy, revient sur son parcours académique et sur plusieurs questions majeures liées à la finance et aux transformations des systèmes monétaires et financiers.
Ancienne élève de l’École normale supérieure Paris-Saclay, docteure en économie de l’École polytechnique, Yamina Tadjeddine commence l’entretien en évoquant les raisons qui l’ont conduite vers l’économie. Elle y a trouvé un champ disciplinaire lui permettant de conjuguer la rigueur mathématique avec l’analyse du vécu historique et social. Soucieuse de ne pas dissocier théorie et pratique, elle a, dans le cadre de ses recherches en finance, choisi de s’immerger à plusieurs reprises dans des salles de marché, afin de mieux comprendre de l’intérieur les mécanismes et les comportements qui structurent les échanges financiers.
L’entretien s’articule ensuite autour de quatre grands thèmes. Elle revient tout d’abord sur les travaux d’Eugene Fama, prix Nobel d’économie en 2013, et sur la théorie de l’efficience des marchés financiers. Selon Fama, ces marchés, parce qu’ils agrègent une quantité considérable d’informations sur les prix des actifs et fonctionnent dans un cadre concurrentiel, seraient en mesure de faire émerger la « valeur fondamentale » des entreprises. Yamina Tadjeddine souligne toutefois que l’expérience montre combien cette valeur est difficile à identifier. La volatilité intrinsèque des marchés et la dynamique des échanges rendent ces derniers largement incapables de parvenir à une évaluation stable et objective de cette valeur fondamentale.
Elle s’exprime ensuite sur le cinquantième anniversaire de l’abandon de l’or comme référent monétaire. À ses yeux, un retour à l’étalon-or est aujourd’hui impossible. Si ce système présentait l’avantage de reposer sur une règle internationale commune assurant l’équilibre des comptes courants, il souffrait néanmoins d’une limite majeure : la quantité d’or disponible était structurellement déconnectée du rythme de croissance de l’économie mondiale.
Revenant sur la crise financière de 2009, Yamina Tadjeddine l’analyse comme l’aboutissement d’un long processus de dérégulation financière. Elle identifie l’abandon du Glass-Steagall Act sous la présidence de Bill Clinton comme un symbole fort de cette évolution, ayant contribué à brouiller la séparation entre activités bancaires et à accroître les risques systémiques.
Enfin, elle aborde la question des crypto-actifs, au cœur de ses recherches actuelles. Elle s’intéresse en particulier à l’impact des nouvelles technologies sous leurs dimensions économiques et juridiques, mais également à leurs usages détournés par la criminalité. Cette analyse met en lumière les défis considérables que ces innovations posent aux régulateurs et aux pouvoirs publics.
En conclusion, Yamina Tadjeddine insiste sur l’importance de la « socio-économie », qu’elle définit comme la nécessaire articulation entre la démarche de terrain propre aux sociologues et l’approche théorique des économistes. Une combinaison essentielle, selon elle, pour comprendre en profondeur les phénomènes économiques contemporains et en saisir toutes les dimensions.
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